Nu är det Jul igen! – Un Noël suédois en dix étapes

Cher ami lecteur,

Je rentre juste de quatre semaines de voyage en Australie et en Thaïlande. Autant vous dire que j’y aurais bien passé quelques mois de plus, mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps pour moi de me replonger dans l’enfer sombre et glacé de l’hiver scandinave…

L’hiver scandinave donc. Un bien vaste sujet.

Pour moi, il comprend deux phases. Une phase ascendante, de novembre à la mi-janvier, et une phase descendante, qui se prolonge jusqu’en mars, dans le meilleur des cas, ou en avril la plupart du temps.

Je m’explique. Novembre est certainement l’un des mois les plus sinistres de l’année, mais les Suédois ne sont pas encore complètement lessivés par le froid et l’obscurité qu’ils commencent juste à affronter. Pour une raison qui m’échappe, bon nombre d’entre eux se réjouissent même de l’arrivée des premières neiges. Les fêtes de fin d’année approchent : les intérieurs se font plus cosy, on ressort les chaussettes de ski, et l’on commence à penser au shopping de Noël.

Mais si vous êtes un peu trop heureux au moment des fêtes, vous serez frappés en janvier d’une gueule de bois intersidérale qui durera plusieurs mois et que seuls un voyage sous les tropiques ou, paradoxalement, de solides ingestions d’alcool (selon votre budget) sauront atténuer. Bonjour la dépression saisonnière : obscurité, froid et absence de perspective amusante (sauf / surtout si c’est bientôt votre anniversaire) hanteront votre quotidien. En conséquence de quoi vous serez amenés à vous maudire vous-même sur sept générations, bête que vous avez été d’avoir, on se demande bien pourquoi, déménagé si près du pôle nord. Vautré dans votre canapé, vous remettrez en question votre existence et vos choix, tout en regardant tristement la neige tomber.

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Moi en super forme à la fin de l’hiver

 

Mais ne brûlons pas les étapes ! Concentrons-nous pour l’heure sur les réjouissances à venir ! Avant de m’installer en Suède, je n’étais pas particulièrement sensible au charme de Noël. Lorsque j’étais petite, Noël rimait bien sûr avec plein-de-cadeaux-parce-que-j’avais-été-gentille, et quelques contes auxquels je voulais croire bien qu’ils me parussent tout de même dubitables. Tirer sur la barbe du Père-Noël et découvrir le visage éberlué de mon oncle eût certes été une manière glorieuse de prouver à tous que je n’étais pas dupe, mais comme je n’étais, au fond, pas si maligne que je le pensais, ce n’est que lorsque ma mère m’a prise les épaules, regardée droit dans les yeux et dit “IL n’existe pas” que j’ai fini, à l’âge relativement tardif de sept ans, par admettre la vérité. Bref, comme tous les gosses, j’y ai cru, puis n’y ai plus cru, et enfin me suis demandé par quel miracle les adultes avaient réussi à me faire gober de telles fadaises pendant si longtemps.
Par la suite, Noël est devenu pour moi ce pénible événement familial où tout le monde finit par s’engueuler après avoir un peu trop forcé sur le champagne.

Et puis je suis arrivée en Suède. Tout comme la révélation que le Père-Noël n’existe pas, mon premier Noël suédois a marqué un tournant décisif dans mon rapport à cette fête. Pour vous dire à quel point j’étais déconnectée, je ne savais même pas qu’il existait des playlists de Noël (là, mon copain m’a regardée comme si je débarquais d’une autre planète). Mes parents étant en France et les siens en vadrouille dans un quelconque pays chaud (cf. paragraphe ci-dessus), nous avons fêté Noël tous les deux comme des petits vieux, bien peinards dans notre 35 m2.

J’ai alors tout réappris de la magie de Noël. Et la petite fille émerveillée qui sommeillait en moi depuis près de vingt ans s’est réveillée.

Je vous livre aujourd’hui les dix trucs indispensables à savoir / avoir / faire si vous voulez vous concocter un Noël suédois typique.

 

1. Lampes de Noël (adventsljusstake)
Littéralement TOUS les Suédois en mettent à TOUTES leurs fenêtres. On en déduit que c’est un must.
Ces lumières font généralement leur apparition début décembre lors du premier dimanche de l’avent. Les lampes électriques sont monnaie courante mais on trouve aussi des chandeliers à quatre bougies. Vous vous souvenez des bricolages moches que vous faisiez à l’école maternelle pour la fête des mères ? Eh bien la Suède n’échappe pas à la règle. Les adventljusstake sont souvent le résultat plus ou moins heureux de la créativité de nos chères têtes blondes.

 

2. Noël dure trois jours
L’hiver en Suède étant trois fois plus déprimant que dans le reste du monde, Noël y dure trois fois plus longtemps. Fair enough.

24 décembre : julafton
25 décembre : juldagen
26 décembre : annandag jul

Ces trois jours sont fériés. Yay !

 

3. Ouverture des cadeaux le 24 après-midi
En France selon les familles, l’ouverture des cadeaux se fait le 24 au soir ou le 25 au matin. En Suède, le jour le plus important est Julafton, le 24 décembre, et Noël se fête dans l’après-midi (à noter que le soleil se couchant vers 14h30 à cette période de l’année, la notion d’après-midi est toute relative).

 

4. Devant Kalle Anka
Kaka quoi ? Kalle Anka est le nom suédois de Donald Duck, figurez-vous. Anka signifie canard, et Kalle est un diminutif de Karl. Charles le Canard quoi. Bref. A 15h sur la télé publique. L’équivalent en Suède de la messe de minuit.

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5. En mangeant des pepparkakor
Miam miam miam ! De succulents biscuits à la cannelle qui rappellent le véritable spéculoos belge (je pense d’ailleurs qu’il s’agit de la même chose). Ok des biscuits. Boring, me demanderez-vous ? Non ! Il est de bon ton de fabriquer des petits personnages, et même une maison en pepparkaka (précisons, à toutes fins utiles, que kaka veut dire gâteau…).

 

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Ma créativité n’a d’égale que ma paresse.

 

6. Et tout le reste du julbord
Toute la bouffe traditionnelle de Noël. Points essentiels à retenir :
– Patates
– Hareng
– Gratin de patates et de hareng (Janssons frestelse)
– Jambon (Julskinka)
– Saucisses
C’est n’est certes pas aussi raffiné que nos tables de Noël françaises, mais c’est délicieux et ça tient au corps. Le julbord est un buffet où chacun se sert quand il veut durant toute l’après-midi et la soirée. Un rêve devenu réalité.

 

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Excusez la piètre qualité de la photo. 

 

7. Les chaussettes, aux pieds
Et pas devant la cheminée. Sauf si vous voulez choper un rhume à marcher pieds nus sur le plancher froid.

 

8. Glögg (se prononce “gleugue”)
A titre personnel, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (haha), mais ce vin chaud épicé est un incontournable des Noëls nordiques. Se boit au chaud chez soi ou au marché de Noël. J’y reviendrai dans un article ultérieur (qui portera sur le marché de Noël de Gamla Stan, vous l’aurez compris).

9. Nu är det Jul igen
Quand on picole, souvent, on chante ! Comme je le disais plus haut, les chansons de Noël, ce n’est pas vraiment mon fort. Je n’en connais qu’une : celle-ci. Et oui, elle vous restera dans la tête pendant les 72 prochaines années.

 

10. Le bouc de Noël (l’animal, pas la barbichette)
N’oublions pas que la Suède est avant tout un pays de barbares païens. Un symbole important est le julbock, le bouc de Noël.
Voici ce qu’en dit Wikipédia :
Son origine remonte bien avant l’ère chrétienne. Quand les boucs étaient liés au dieu Thor, qui voyageait dans le ciel tiré par deux d’entre eux. Il fut ensuite lié à la sorcellerie et au diable. En Finlande, le Julbock était connu comme une créature laide qui terrorisait les enfants.
Sympa non ? Et ça ne s’arrête pas là… Voyez plutôt :
À partir du XVIIe siècle, les paysans confectionnaient des petites chèvres en paille. Ce matériau leur rappelait la naissance du Christ, dans la mangeoire de la crèche et était disponible en grande quantité. Le soir venu, ils se déguisaient en boucs et allaient de maisons en maisons faire peur aux enfants. Après leurs passages, ils laissaient un de ces petits Julbock de paille ainsi qu’un petit morceau de papier sur lequel étaient écrites quelques rimes méchantes ou moqueuses.

Je vous rassure, le julbock est depuis devenu un symbole plus pacifique.

Le 1er décembre 1966, un julbock géant fut érigé dans le centre-ville de Gävle, commune située à environ 2h de route au nord de Stockholm. Il fut brûlé le 31 décembre, donnant naissance à une tradition reconduite chaque année. Cette année, le 50ème Gävlebocken n’a pas tenu 24h.

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Conclusion
Trêve de plaisanteries sur l’abominable hiver suédois ; je recommende très vivement de visiter Stockholm à Noël. Les gens sont heureux, les rues animées. Vous y découvrirez une ambiance particulière, à la fois chaleureuse et festive, douillette et joviale. Le terme suédois mysig n’a pas réellement d’équivalent en français mais il recouvre ces différents aspects. Malheureusement les mots seuls ne suffisent pas à exprimer cette réalité ; alors sautez dans vos bottes, et venez donc siroter un glögg au coin du feu.

Quant à moi je ne fêterai pas Noël à Stockholm cette année. Mais le coeur y sera.

A bientôt !

 

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